L'éducation à la sexualité des jeunes enfants dans la famille : discours, encadrements des pratiques et rapports à l'école
Gaëlle Larrieu
Université Grenoble Alpes, laboratoire Pacte
Résumé : Cette communication s'intéresse à la façon dont les parents parlent de sexualité à leurs jeunes enfants et encadrent leurs pratiques d'explorations sexuelles. Elle s'intéresse à la fois à une sphère (la famille) et à un âge (les enfants de moins de 11 ans) encore peu étudiée concernant l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
La communication s'appuie sur une enquête participative menée avec une antenne régionale du Planning Familial. Une quarantaine d'entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de mères (34) et de pères (9) ayant un ou des enfants de moins de 11 ans.
La première partie portera sur la façon dont les parents se positionnement vis à vis de la norme contemporaine de discussion sur la sexualité avec les enfants, en prenant l'exemple des échanges concernant les rapports sexuels et la reproduction. Dans la deuxième partie, nous nous intéresserons à l'encadrement parental des pratiques d'explorations sexuelles enfantines, qu'elles soient individuelles ou collectives. Ces pratiques, de discussion ou d'encadrement, varient en fonction du sexe des parents, de leur classe sociale, ainsi que de l'âge et du sexe des enfants. Enfin, la dernière partie sera consacrée à la façon dont les parents envisagent l'articulation entre la famille et l'école sur ces thématiques. Si l'école est plutôt perçu comme un espace approprié pour évoquer ces sujets, les parents rencontrés l'envisagent surtout comme utile pour "les autres", traçant ainsi des frontières morales entre les familles.
Gaëlle Larrieu est maitresse de conférences en sociologie à l'Université Grenoble Alpes et au laboratoire Pacte. Ses recherches portent sur l'intersexuation, le genre, la famille, la sexualité et le handicap.
L'éducation à l'égalité des sexes et ses publics. Une politique scolaire à l'épreuve des rapports sociaux.
Simon Massei
Université Picardie Jules Verne, CAREF
Résumé : Cette communication interroge les ressorts sociaux et politiques de la concentration des actions d'éducation à l'égalité entre les sexes dans les établissements scolaires de banlieue pauvre. À partir d'une enquête croisant archives ministérielles, observations ethnographiques et entretiens, elle montre que cette distribution spatiale ne résulte pas d'un ciblage délibéré mais d'un processus complexe de racialisation construit à différents niveaux.
L'analyse historique révèle d'abord un triple retournement depuis les années 1970 : le passage d'une lutte contre le sexisme structurel à une « déconstruction des stéréotypes » individuels, la scolarisation d'un problème jadis traité dans les médias, et l'externalisation de cette mission au secteur associatif. Cette reconfiguration s'opère dans un contexte de construction du « problème musulman » qui conduit les établissements populaires à solliciter massivement ces interventions, financées par des budgets liés à la politique de la ville ou à la lutte contre la délinquance.
L'étude des pratiques professionnelles met ensuite au jour les divisions traversant l'espace de l'éducation à l'égalité : entre "militantes" féministes critiques, "éducatrices" républicaines justifiant le ciblage des quartiers, et "mercenaires" technicisées.
Ces positionnements reflètent des trajectoires sociales et des rapports différenciés au politique.
L'observation en classe montre enfin que la racialisation s'opère aussi « par le bas » : les élèves blanc·hes bien classé·es scolairement convertissent leur compétence scolaire en compétence égalitaire, tandis que les comportements des élèves racisé·es de classes populaires (bouffonisation masculine, quête de respectabilité féminine) justifient rétrospectivement le ciblage dont ils sont l'objet. Cette dynamique éclaire aussi les mobilisations anti-genre de 2014, dont l'analyse révèle l'articulation entre reproduction sociale, rapports à l'école et réinvestissement conservateur de capitaux scolaires dévalués.
Simon Massei est sociologue et maître de conférences en sciences de l'éducation à l'UPJV/CAREF. Ses recherches portent sur les politiques scolaires et les processus de socialisation, avec un intérêt singulier pour les rapport sociaux de race.